Appel du Laboratoire de Psychologie Sociale EA 849, Aix-Marseille Université face à la menace de l’extrême droite

Il y a dans le racisme, « un noyau dur, un matériau impalpable qui résiste, autour duquel on peut tourner comme les électrons tournent autour de leur noyau, mais dans lequel on ne pénètre pas. Un noyau aussi dur et aussi résistant que la mort elle-même ».

(Moscovici, 1984).

Nous psychologues sociaux,

chercheur.e.s et enseignant.e.s, membres du Laboratoire de Psychologie Sociale d’Aix-Marseille Université lançons un appel pour battre l‘extrême droite lors des élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024, en raison de notre engagement pour la démocratie, l’inclusivité, les droits humains et la justice sociale. Cet engagement repose sur des décennies de recherche et d’analyse des dynamiques sociales, des préjugés, des processus de discrimination, de domination sociale, d’exclusion sociale …et leur impact sur les groupes sociaux et les rapports intergroupes. L’histoire de la psychologie sociale est profondément marquée par la montée du fascisme et des régimes totalitaires du XXe siècle. En effet, c’est dans ce climat et en réponse aux horreurs du fascisme que les chercheurs en psychologie sociale ont développé des théories et mené des recherches visant en la compréhension des mécanismes psychosociaux sous-tendant ces idéologies destructrices. La montée des totalitarismes en Europe a poussé de nombreux chercheurs, souvent eux-mêmes persécutés ou en exil, à se pencher sur les mécanismes de l’endoctrinement et de la soumission à l’autorité.

Ne pas rester muets face à ces événements. Analyser et comprendre les logiques psychosociales qui sous-tendent ces idéologies nauséabondes sans pour autant les justifier, voilà la démarche de nombreux chercheurs en psychologie sociale. Nous retiendrons les travaux de Milgram (1974) visant à comprendre comment, soumis à une autorité perçue comme légitime, des individus ordinaires pouvaient commettre des actes cruels. L’objectif ici était encore d’essayer de comprendre les atrocités commises par des personnes ordinaires pendant le régime nazi. Mettons également l’accent sur les travaux éminemment actuels de Tajfel (1979) sur l’identité sociale qui explore comment les individus catégorisent les autres groupes, favorisant leur propre groupe en discriminant les autres.

Cette théorie avait pour ambition d’expliquer les dynamiques de l’exclusion sociale et de la discrimination de groupe, caractéristiques des idéologies fascistes et tristement en écho avec le climat actuel.  Notre opposition est fondée sur une compréhension fine des conséquences funestes des idéologies d’extrême droite sur les sociétés et les individus. A titre d’exemple, alors que l’extrême droite exacerbe les tensions entre les groupes au travers des mesures politiques prônant la préférence nationale, de nombreux travaux (Allport, 1954 ; Pettigrew & Tropp, 2006) montrent que des interactions répétées entre les membres de différents groupes pourraient diminuer les tensions et les préjugés intergroupes, à condition que le contexte politique et institutionnel soit favorable. C’est dans ce contexte alarmant qu’il nous semble de notre responsabilité en tant que psychologues sociaux de ne pas nous laisser gagner par l’indifférence et de continuer à explorer les facteurs qui conduisent à ces comportements discriminatoires, de partager les conclusions de ces travaux et d’appeler à combattre l’idéologie d’extrême droite et défendre les valeurs humanistes et universalistes qui sont les nôtres.

Au vu des résultats des récentes élections européennes, l’urgence est à la (re)mobilisation pour les prochaines élections législatives et à l’expression de ces valeurs dans les urnes.

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