
Journée d’Etude « Mécanique de la déshumanisation au travail » est innovant et s’inscrit dans un axe structurant du LPS. Cette manifestation contribuera à ouvrir de nouvelles perspectives
scientifiques
Sur les lieux de travail contemporains, les perceptions de déshumanisation des travailleurs
sont de plus en plus répandues (Organisation internationale du travail, 2016). L’essor de
l’automatisation et des technologies de surveillance a amplifié le sentiment des travailleurs
d’être traités davantage comme des objets que comme des êtres humains. De nombreux
employés déclarent ainsi se sentir considérés par leurs employeurs comme des « rouages
d’une machine » plutôt que comme des individus (Oracle, 2023). Ce phénomène répandu a
attiré l’attention croissante des chercheurs au cours de la dernière décennie. Ces derniers ont
tenté d’identifier empiriquement les antécédents et les conséquences de l’objectivation au
travail (percevoir et traiter les travailleurs comme des objets plutôt que comme des êtres
humains, Baldissarri et al., 2014) et le processus connexe d’auto-objectivation (se percevoir
soi-même davantage comme un objet plutôt que comme un être humain).
Jusqu’à présent, la littérature a mis en évidence deux déclencheurs principaux de l’auto-
objectivation (Andrighetto et al., 2017 ; Baldissarri et al., 2014) : la méta-objectivation (ie. la
perception d’être objectivé par d’autres sur le lieu de travail) et certaines caractéristiques
spécifiques de l’activité de travail qui renforcent les expériences d’objectivation (p. ex. la
répétitivité de la tâche). Ensemble, ces antécédents contribuent à l’auto-objectivation sous
deux différentes formes. La première, l’instrumentalisation, se produit lorsque les travailleurs
se perçoivent comme de simples outils ou instruments de travail. La seconde, le déni
d’humanité, se produit lorsque les travailleurs se perçoivent comme dépouillés de leur
humanité (passifs, manquant d’autonomie et dépourvus de subjectivité). La littérature
existante traite souvent les deux antécédents évoqués (méta-objectivation et caractéristiques
du travail) sans faire de distinction quant à leur influence respective sur ces deux dimensions
de l’auto-objectivation. En outre, peu d’études ont examiné chacun des antécédents et
chacune des dimensions.
L’objectif de notre manifestation est donc de réunir des spécialistes de la méta-objectivation
et des contextes dans lesquelles elle se manifeste pour mieux comprendre comment les
pratiques organisationnelles peuvent influencer l’auto-objectivation.
Au-delà de ce contexte très centré sur les contextes organisationnels, Mécanique de la
déshumanisation ambitionne d’élargir le champ et d’investiguer les effets de contexte sur les
processus de déshumanisation liés au genre. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons
également faire intervenir des spécialistes de la déshumanisation sexuelle (cf. paragraphe
rayonnement)